Belhassen Trabelsi, le «parrain» tunisien: mon refuge au Canada | MA Tunisie

Belhassen Trabelsi, le «parrain» tunisien: mon refuge au Canada

samedi 17 décembre 2011



Un an après le début de la révolution en Tunisie et 11 mois après avoir trouvé refuge au Canada, tout indique que Belhassen Trabelsi habite toujours la région montréalaise. Jusqu'ici, Ottawa est resté sourd aux appels de Tunis, qui réclame son extradition, et qui détient maintenant un argument de poids: la justice tunisienne a déjà condamné à deux reprises celui que plusieurs considèrent comme le parrain du clan mafieux ayant longtemps régné sur ce pays. En attendant, ses victimes s'indignent de le voir couler des jours paisibles au Canada.

Près d'un an après la chute du régime tunisien, le beau-frère du président déchu continue de couler des jours paisibles au Canada, probablement dans la région montréalaise.

Belhassen Trabelsi, considéré comme le «parrain» d'un clan ayant pillé les richesses de tout un peuple, n'a toujours pas été inquiété par les autorités canadiennes, malgré une condamnation à 15 ans de prison par contumace, le 28 septembre, par un tribunal de Tunis.

Forte de ce jugement, la Tunisie espère obtenir son extradition ou du moins son arrestation au Canada. Plusieurs demandes d'entraide judiciaire ont été faites au cours des derniers mois. Jusqu'ici, toutefois, Ottawa n'y a pas répondu.

Et bien des Tunisiens établis au Québec - dont plusieurs ont fui l'ancien régime - commencent sérieusement à s'impatienter.

Un accueil glacial

Quand son jet privé s'est posé à Dorval, le 20 janvier, Belhassen Trabelsi a reçu un accueil glacial. «On ne veut pas d'un individu comme lui au Canada», a tranché le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon.

C'était six jours après la chute du régime. Le président Zine el-Abidine Ben Ali et sa femme, Leïla Trabelsi, avaient déjà fui en Arabie saoudite. Belhassen, frère de Leïla, a choisi de se réfugier au Canada.

Un choix logique, dans la mesure où, depuis 20 ans, il avait toujours été bien reçu au pays. Il y avait investi des millions et avait même obtenu son statut de résident permanent.

Ce statut lui a été retiré en janvier parce qu'il n'avait pas mis les pieds au pays depuis deux ans, comme la loi l'exige.

M. Trabelsi a aussitôt fait une demande d'asile. Il pourrait obtenir gain de cause s'il prouve qu'il risque de subir de mauvais traitements en Tunisie. Mais sa condamnation lui compliquera la tâche. «Il pourrait être interdit de territoire au Canada pour grande criminalité», explique Stéphane Handfield, avocat spécialisé en droit de l'immigration.

Le voile du secret

Dans les agences et les ministères fédéraux, un voile épais couvre le dossier Trabelsi. Aucune information ne circule. Impossible de savoir si ses biens, évalués entre 10 et 20 millions de dollars, ont été saisis. Pas un sou, en tout cas, n'a encore été restitué à la Tunisie.

Au ministère des Affaires étrangères, on se borne à dire que «le Canada a pris des mesures pour bloquer les avoirs» des membres du clan, sans plus de détails.

L'approche contraste avec celle de la Suisse et d'autres pays européens, où les biens ont été saisis dans les jours suivant la chute du régime. Des comptes bancaires contenant des millions de dollars ont été gelés. L'information a rapidement été rendue publique.

En octobre, Moez Trabelsi, neveu de Belhassen - et un membre du clan de moindre importance - a été arrêté à Rome. Il est détenu en attente de son extradition.

Des rumeurs

Le silence du gouvernement laisse place à toutes les rumeurs. Au sein de la communauté tunisienne, on chuchote que Belhassen Trabelsi fraie avec les mafias italienne et libanaise. Et qu'il continue à brasser des affaires en utilisant des prête-noms et des sociétés-écrans.

Ce qui est certain, c'est qu'il ne manque pas de moyens. Il a vécu à Westmount pendant des mois et ses filles ont fréquenté la très élitiste école The Study jusqu'à la mi-juin. Sa femme et ses cinq enfants auraient depuis quitté le pays.

Excédés, certains Montréalais d'origine tunisienne perçoivent de la mauvaise foi dans l'apparent immobilisme du Canada.

«Les Tunisiens ont fait la révolution au nom de la dignité, dit Sonia Djelidi, du Collectif de solidarité envers les luttes sociales en Tunisie. Ils se sentaient humiliés par un système mafieux représenté par Belhassen Trabelsi. Or, cet homme continue à vivre ici et mieux que la majorité des Tunisiens. On se demande quel message le Canada veut lancer au reste du monde.»


Isabelle Hachey
La Presse

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